• Dix minutes - Petit concours

       Dix minutes sans pleurs, dos accolé au canapé, le tic-tac de l’horloge, les gouttes d'eau dans l'évier. Le temps s'écoule, la patience se dissout. A point d'heure est attendue l'arrivée des deux parents biscornus. Le tremblement dans le choix, la rythmique du pouls, l’abstinence, l'hésitation. Le premier glissement, un allé simple dans le tréfonds.

    Les traits s'affaissent, la tristesse s'y lit, le temps s'efface, le huit-clos débute entre soi et soi. Qui du retour ou du départ gagnera ?

    Ressasser ses craintes, rester en condamnation, marcher sous des coquilles d’œuf, l'échiquier brisé sous les pieds. La vie ne ressemble en rien à un jeu. Depuis longtemps cette vision avait abandonné son esprit. La vie est notre seule mémoire, et notre seule once d'espoir. Indécodable des souvenirs qui nous échappent, modifiable à chaque instant des émotions qui nous submergent. Indéchiffrable des surprises qui s'y profilent, pourtant "Le meilleur moyen de prédire le futur est de le créer"*.

    Alors, il fallait partir, loin de cette maison endormie sous sa couverture de nuage, perlée d'étoile, veillant à ne renfermer aucun cauchemar. Le calme. Elle respirait d'une sérénité, dont les bruits ne vinrent la troubler. Le réfrigérateur ne bourdonnait pas, les radiateurs ne pleuraient pas, et les bruits parasites jouaient à cache-cache avec le silence. Mais c'en était trop.

    Debout, sans détour, tout a volé. Un carnet, un stylo, des vêtements. Tout, sans exception, a volé dans l'élan de la précipitation, et dans cet enfer d'organisation improvisée, la valise peina à se boucler. Trop à prendre, trop de sentiments à emprisonner dans un si petit bagage. Les coloriages entres amis, les vieux cadeaux dans l'oubli, des poèmes, photos et quelques larmes. Une explosion. D'un coup. Une explosion de pleurs. Si violents qu'ils vous étranglent, que vous ne parvenez plus à respirer. Entre deux cris étouffés, on respire, pour repartir dans nos sanglots. Et plus on s'efforce de se calmer, plus ils reprennent en vigueur, nous engloutissant dans un vide sans personnalité. Et ainsi, sans rien à ajouter, tout pouvait commencer.

    Tout s'enchainait harmonieusement, alors que la décision était aussi spontanée qu'imprévisible. En sortant par la porte de derrière, emportant sa vie pour en rejoindre une nouvelle, le temps dans une main, les souvenirs dans l'autre. La porte s'ouvre, s'engouffre le temps futur, une nuit sans chaleur, ni vent froid. Une inspiration. Une expiration. Un pas en avant, puis le second.

    "Partons."

     

     _________________________________________________________

    Texte écrit pour un concours, dont le thème était :
    "Vous avez 10 minutes précisément pour faire vos valises avant de devoir partir. De vous enfuir parce que vous êtes en danger. Que prenez-vous ?"

     Voici les textes des autres participants : Carotte-samaMad hatter

    * citation de Peter Drucker


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  • Commentaires

    1
    Mardi 20 Février à 22:59

    Eh beh, ça en jette! ^^ Très joliment rédigé, ambiance bien posée. (j'ai été surprit de voir que tu postais finalement, je suis pas déçus d'avoir tardé ce soir. :)

    2
    Mardi 20 Février à 23:04

    Merci beaucoup ! Je ne m'attendais pas à un retour si rapide ! (Oui, oui, je suis un être plein de surprises !)

    3
    Lundi 9 Avril à 08:10

    C'est très beau, ton texte décrit bien plus les émotions que la scène et c'est par conséquent très vrai et poétique en quelque sorte :') "Une explosion. Une explosion de pleurs", cette formulation est vraiment magnifique !

    4
    Lundi 9 Avril à 23:33

    Je ne pensais pas réussir à transmettre des émotions, mais semble-t-il que j'en sois capable - faut apprendre à se laisser parler ! Merci bien :)

    Il est vrai que si on voit l'explosion comme quelqu chose de pétillant, ça donne un contraste plutôt joli (j'ignore si ç'a été réellement perçu ainsi, j'essaie d'imaginer ^^)

    5
    Mardi 10 Avril à 20:39

    Il y a de ça en effet, mais pour moi cette formule a de génial qu'on ne sait pas réellement ce qui pousse ton personnage à partir, et le "Une explosion" est tombé comme le retentissement d'une bombe derrière la maison, tu vois ? Je l'ai visualisé avant que l'explosion de la bombe ne devienne une explosion de pleurs, et j'ai trouvé géniale cette continuité :')

    Exactement, c'est super ! :)

    6
    Mercredi 11 Avril à 00:52

    Oh, je vois ! Effectivement, visualiser ainsi, le contraste doit être beau à imaginer !

    (Spoiler alert* : ce qui pousse mon personnage à partir est écrit au début du texte :p)

    *pour voir le spoil, il faut surligner

    7
    Lundi 23 Avril à 10:03

    Oui, c'est vrai... ça reste flou mais effectivement ça ne peut pas être une catastrophe naturelle, une guerre ou quelque chose comme ça, ça n'a rien à voir... L'expression est tout de même belle :)

    8
    Lundi 23 Avril à 14:59

    Il est vrai !!!!

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