• frisson

    J'en avais marre.

    Il se tenait toujours droit, comme un pic, dans les ténèbres. Son regard, ses yeux, sa chair me révulsaient. Une silhouette, une ombre, j'aurais préféré qu'il devienne invisible. Mais il était là, à me guetter de son expression risible.

    Je ne montrais rien, pas même un sourire, pas même un accord. Son autorité factice bourdonnait en moi comme un humour désappointant. Cet homme m'humiliait et m'engluait de honte. Dans l'obscurité, je ne voyais que des tâches blanchâtres. Et, il prenait soin d'effacer chaque trace. De ne rien laisser derrière lui, de me pourrir. Périmée.

    J'en avais peur.

    Il étais surprenant. Il aurait pu être drôle, beau et doux. Mais, il s'avéra acerbe, violent et, sans candeur. Je n'en pouvais plus. Putain. Oui. J'en avais peur. Qu'il revienne et se glisse dans ma vie, encore une fois. Qu'il revienne, et glisse encore quelques mots bas. Qu'il glisse encore une fois, avec légèreté, là où j'aurais aimé qu'il ne vienne jamais.

    Je ne pourrais jamais me défaire de ces images, et de cette voix. Hurlante, et stridente. J'aurais eu envie de la claquer tant mes tympans n'en pouvaient plu. Mais je crois que c'est ma voix avec la sienne, que j'ai confondu. Je ne me reconnaissais plus.

    J'en avais honte.

    Je frissonnais à peine. Je ne pouvais plus trembler. Le mal était si fort, que j'en étais tétanisée. Froide, le souffle court, cela me revint chaque fois que j'essayais d'en parler. Des silences trop longs et trop explicites, j'avais l'impression d'en faire trop avec mes visites. Je n'en pouvais plus, je voulais que cela s'arrête. Mais si cela cessait, je n'avais qu'à arrêter d'y penser. J'essayais. Échec. Hantée, jour et nuit, j'en finissais par confondre mes rêves avec la réalité. Quand le matin, je me réveillais, en sueur, trempée. Je terminais sous la douche, froide, je voulais être sèche. J'en avais marre d'être mouillée. Souillée.

    J'en avais perdu un œil.

    J'étais délavée, lessivée. On m'avait volée. J'arrivais à ma fin. Plus un battement d'aile, plus un tambourinement de respiration, plus de choc contre ma poitrine jusqu'au cerveau. Un échec. Un putain d'échec et je ne dormirai plus que d'un œil, pour que plus aucun de mes trésors ne me soient ôtés. Mon trésor, si précieux, si intime.

    Je sommeillerai, encore la tête dans les nuages, à vagabonder de tempêtes en tempête, réminiscence. Je me souviendrai de ce premier coup, de cette première fois.

    Percée.

    L'odeur métallique du sang me tuera toujours autant.

     we_20190714
    tsunn

    ______________________

    Texte écrit dans dans le cadre d'un concours, organisé par Gaellah. La contrainte étant que la première ou dernière phrase commence en ces termes : «L'odeur métallique du sang». Il s'agit du concours n°10.

    Voici les autres participants et leur écrits : aucune autre participation pour le moment

     


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  • Commentaires

    1
    Jeudi 11 Juillet à 09:16

    Hey !

    J'ai adoré, c'est vraiment bien écrit et envoutant !

    2
    Dimanche 14 Juillet à 18:39

    Merci !!!

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